Mais le maître est toujours là. Et la maison dans le même paysage. Même lumière, même ambiance équivoque. Mêmes rumeurs indistinctes. Un inventaire à dresser. Du peu qui reste. Objets, lieux, voix. N’en pas nommer l’auteur. Qui le mandate ? Il était là hier, il est là ce matin, il sera là demain.1. Le temps de verbaliser. Est-ce le terme ? Il écoute et écrit. Il relit, il récrit. Du peu qui reste.
L’Ennemi, roman, 1987

Le calme. Le gris. De remous aucun.
Quelque chose doit être cassé dans la mécanique mais rien ne transparaît. La pendule est sur la cheminée, les aiguilles marquent l’heure. Quelqu’un dans la pièce froide viendrait d’entrer, la maison était fermée, c’était l’hiver. Le gris. Le calme. Se serait assis devant la table. Transi de froid, jusqu’à la tombée de la nuit. C’était l’hiver, le jardin mort, la cour herbue. Il n’y aurait personne pendant des mois, tout est en ordre.

Passacaille, roman, 1969

Monsieur Songe est assis au soleil sur son balcon. C’est un homme à la retraite. Il séjourne avec sa domestique dans une villa en bord de mer non loin d’Agapa, petite station balnéaire pleine de monde l’été et très ennuyeuse l’hiver.Monsieur Songe, récit, 1982.

Cette voix. Coupure de la nuit des temps.
Ou cette lettre adressée on ne sait plus à qui dont on trouve des brouillons disséminés partout.
Demander Théodore classer papiers.
Son nom chuchoté il hurle il se réveille en sueur dans cette chambre où tout recommence cette table la nuit il est sorti et refaisait le trajet de la cour jusqu’aux champs il suivait un étroit sentier.
Manque un accord.

Cette voix, roman, 1975

ABEL. – Une pièce de théâtre oui, une pièce de théâtre. (Un temps.) Reste à savoir …
BELA. – Reste à savoir ?
ABEL. – Ce que c’est que le théâtre ?
BELA. – Ce que c’est que le théâtre ? Une scène, des acteurs, un texte.
ABEL. – Ce que c’est, ce que ça doit être, sa nécessité sa… transcendance. Un temps.
BELA. – Et après ?
ABEL. – L’essence du théâtre. Ce qui fait que ça ne peut être autre chose. que ça doit être. que c’est fatal.
BELA. – A se poser des questions sur la nécessité, sur l’essence et consort on va foirer comme la dernière fois et je refuse. Je ne suis pas un dilettante.

Abel et Bela, théâtre, 1971

 

Toute simple l’image au centre. Un homme assis sur un tas de pierres. Peut-être un berger, avec une cape et un bâton à côté de lui. Il paraît jeune, les lignes du corps sont souples, coudes appuyés sur les genoux, tête penchée en avant, menton entre les mains. Les cheveux sont noirs, très courts, on pense au type méditerranéen, hypothèse fondée par ailleurs sur la Qualité de la lumière où se découpe la silhouette et sur les bribes du paysage, un arbre au feuillage gris qui pourrait être un olivier et un lambeau de terre rougeâtre. L'Apocryphe, roman, 1980.